Examen critique de l’approche

Défiance du concept en France

Le sens exact du « développement personnel » est mal défini et varie d’une culture à l’autre. En France il est parfois l’objet d’une certaine méfiance de la part des académiques, les médias et des pouvoirs publics qui jugent que ses méthodes peuvent être nébuleuses ou même dangereuses, s’inspirant des spiritualités, psychologies « New Age » et pseudo-sciences sans base scientifique. Ses promesses de bonheur seraient susceptibles d’abuser la vulnérabilité de certaines personnes pour présenter un danger pour la santé et certains groupes sectaires comme la scientologie ont été accusés de se servir des formations au développement personnel pour recruter de nouveaux adeptes.

Une mesure souvent égocentrée et aléatoire du développement personnel

À n’importe quel niveau de développement – économique, politique, biologique, organisationnel ou personnel – une structure de référence est nécessaire afin de savoir si l’amélioration a effectivement eu lieu. C’est également le cas pour le développement personnel.

La première source d’évaluation de l’amélioration est l’individu lui-même qui s’estime dans le cadre de tests d’auto-évaluation avoir progressé ou être passé à un nouveau stade de développement de sa personnalité.

Des références externes sont nécessaires pour valider le développement réel. Ces références incluent l’atteinte de l’objectif de développement recherché, la faisabilité des stratégies ou plans d’action pour atteindre ces objectifs, la mesure et l’évaluation du progrès, l’atteinte de niveaux ou étapes à franchir tout au long de la trajectoire de développement, et la correction des actions par rapport au feedback permettant de retrouver le bon chemin. Faute d’un tiers externe neutre et d’une méthode éprouvée, la manipulation est toujours possible.

Une économie du développement personnel florissante

Le développement personnel est une activité économique qui se déploie selon deux axes : le service aux particuliers et le service aux institutions.

Le service aux particuliers recouvre la production de livres spécialisés, les séminaires de motivation, les programmes de e-learning, les ateliers, l’assistance individuelle, le coaching et des techniques comme le yoga, les arts martiaux, la méditation ou encore les programmes de fitness. Sans pouvoir mesurer ce marché complexe, il semble être en croissance.

Le marché du service aux institutions est ouvert à des dizaines de millions d’étudiants dans l’éducation supérieure et des centaines de millions d’employés dans les entreprises, sous la forme de tests psychologiques, de formations, de programmes de développement des salariés, de bilans de compétences et de carrière, d’auto-évaluations, de feedbacks, de coaching, de parrainage et de «mentoring».

Quelques entreprises de conseil se sont spécialisées dans le développement personnel, mais les entreprises généralistes des ressources humaines, de recrutement et de stratégie organisationnelle sont récemment entrées dans ce marché florissant, sans oublier un grand nombre d’organismes plus modestes et de professionnels indépendants qui fournissent du conseil, de la formation et du coaching.

Nota Bene :

Bibliographie

  • Bob Aubrey, L’entreprise de soi, Flammarion, 2000 (ISBN 978-2-0821-2543-7)
  • Christophe André, « Développement personnel. À la recherche du bonheur », Sciences Humaines, numéro spécial n° 7, septembre-octobre 2008, p. 72-73
  • Lionel Bellenger et Philippe Pigallet (dir.), Dictionnaire de la formation et du développement personnel, ESF, 1996, 335 p. (ISBN 978-2-7101-1193-1)
  • Valérie Brunel, Les managers de l’âme. Le développement personnel en entreprise, nouvelle pratique de pouvoir ?, La Découverte, 2004, 192 p. (ISBN 978-2-7071-4386-0)
  • Jean-Christophe Durieux et Hannah Besser, Développement personnel et professionnel : pour s’épanouir au jour le jour, 2006, 223 p. (ISBN 978-2-7101-1759-9)
  • Robert Ebguy, Je hais le développement personnel, Eyrolles, 2008, 209 p. (ISBN 978-2-2125-4217-2)
  • Michel Lacroix, Le développement personnel (préface de Christophe André), Flammarion, 2004, 158 p. (ISBN 978-2-0821-0294-0)
  • Edmond Marc, Guide pratique des psychothérapies : approche, techniques, fondateurs, lieux, Paris, 2000 (1re éd. 1981) ; nouvelle édition 2008 (ISBN 978-2-7256-2714-4).
  • Pierre Philippot, « Les voies du changement personnel », Sciences Humaines, Hors-série n° 40, mars-avril-mai 2003
  • Romilla Ready, Kate Burton, Rob Wilson et Rhena Branch, Le Développement personnel pour les Nuls, First, 2008, 649 p. (ISBN 978-2-7540-0865-5)

Notes et références

  • Romilla Ready, Kate Burton, Rob Wilson et Rhena Branch, Le Développement personnel pour les Nuls, First, 2008, 649 p. (ISBN 978-2-7540-0865-5)
  • 2. Michel Lacroix, Le développement personnel, préface de Christophe André, Flammarion, 2004, 158 p. (ISBN 978-2-0821-0294-0)
  • 3. Bob Aubrey, L’entreprise de soi, Flammarion, 2000 (ISBN 978-2-0821-2543-7)
  • 4. « La notion de travail décent résume les aspirations de tout travailleur: possibilité d’exercer un travail productif et convenablement rémunéré, assorti de conditions de sécurité sur le lieu de travail et d’une protection sociale pour sa famille. Le travail décent donne aux individus la possibilité de s’épanouir et de s’insérer dans la société, ainsi que la liberté d’exprimer leurs préoccupations, de se syndiquer et de prendre part aux décisions qui auront des conséquences sur leur existence. Il suppose une égalité de chances et de traitement pour les femmes et les hommes » — Thèmes : Travail décent – Organisation internationale du travail (OIT)
  • Voir notamment l’Éthique à Nicomaque, le grand livre sur l’éthique d’Aristote.
  • Martha Nussbaum, The Fragility of Goodness, Cambridge University Press, pages 1-6
  • Le prix Nobel d’économie, Amartya Sen, rapproche le développement économique du concept aristotélicien de développement individuel, dans un livre écrit avec Martha : The Quality of Life, Clarendon Press, 1993. Il reprend cette idée dans son ouvrage principal, écrit un an après reçu son prix Nobel, Development as Freedom, Oxford, Oxford University Press, 1999.
  • Martin Seligman compare explicitement les objectifs de la psychologie positive avec l’idée aristotélicienne de la Bonne Vie et du Bien-Être, dans son livre : Authentic Happiness: Using the New Positive Psychology to Realize Your Potential for Lasting Fulfillment, New York, Free Press (2002). Du même auteur, on peut lire en français : La Force de l’optimisme, Martin Seligman (Auteur), Jacques Lecomte (Préface), Larry Cohen (Traduction), InterEditions 2008.
  • Martine Hasse, La Grande Étude, Cerf, 1984 (ISBN 2-2040-2281-0). (fr) (zh) La Grande Étude [archive] – Version sur internet présentée par l’Association des Professeurs de Chinois
  • Heinz Ansbacher and Rowena R. Ansbacher : Individual Psychology of Alfred Adler, Basic Books, 1956. Voir en particulier le chapitre 3 : « Finalism and Fiction », et le chapitre 7 : « The Style of Life ».
  • La méthode d’analyse des jeux de mots oniriques, dite « langue des oiseaux » notamment a fait l’objet de cours et de séminaires de développement personnel.
  • Voir notamment C. G. Jung, Types psychologiques, Editions Georg, 1977.
  • Propos de Luc Mazenc qui a soutenu une thèse de sociologie à l’université Pierre Mendès-France de Grenoble II en 2001 : Les nouveaux mouvements religieux (NMR) et les nouveaux mouvements sociaux (NMS) dans le procès de mondialisation. Pour une phénoménologie sociologique des mutations de la modernité. Propos reproduits dans sa lettre du 2 janvier 2005 au Courrier des Lecteurs du Nouvel Observateur suite à la publication du dossier : « Psy ou Médicaments, comment choisir ? » du n° 2093.
  • Gail Sheehy, New Passages, Random House, 1995. Gail Sheehy a écrit auparavant un best-seller, Passages, popularisant les stades de vies de Levinson; son second ouvrage montre comment la société et les stades de vie ont profondément changé.
  • Daniel Levinson, Seasons of a Man’s Life, Ballantine Press, 1978, page 91-92
  • Albert Bandura, Self-efficacy : The exercise of control, W. H. Freeman,1998. Traduit en français sous le titre : Auto-efficacité : Le sentiment d’efficacité personnelle, Albert Bandura (auteur), Philippe Carré (préface), Jacques Lecomte (traduction), De Boek, 2007
  • Martin Seligman, Building Human Strength: Psychology’s Forgotten Mission, Volume 29, Numéro 1 – janvier 1998
  • Edmond Marc, Guide pratique des psychothérapies : approche, techniques, fondateurs, lieux, Paris, 2000 (1re éd. 1981) ; nouvelle édition 2008 (ISBN 978-2-7256-2714-4)
  • A Theory of Human Motivation, d’Abraham Maslow, a été originellement publié en 1943 dans la Psychological Review, n° 50, page 838. En français, voir : Jacques Lecomte, Les théories de la motivation, Sciences humaines, Hors-série N° 19 – décembre 1997/janvier 1998.
  • Maslow, A. H. (2004). L’accomplissement de soi : De la motivation à la plénitude, Abraham Maslow (Auteur), Emily Borgeaud (Traduction), Éditions d’Organisation, 2004.
  • Peter F. Drucker, Managing Oneself, Best of HBR, 1999. Les meilleurs textes de cet auteur en français : Devenez manager !, traduction Jacques Fontaine, Village Mondial 2006
  • Sumantra Ghoshal, Christopher A. Bartlett, The Individualized Corporation: A Fundamentally New Approach to Management, HarperCollins, 1997, page 286
  • Sylvia Ann Hewlett, Off-Ramps and On-Ramps, Harvard Business School Press, 2007. Ce livre montre comment les femmes changent le parcours professionnel traditionnel et comment les entreprises s’adaptent à ces nouveaux profils, aussi bien pour les hommes que pour les femmes.
  • Herminia Ibarra, Working Identity: Unconventional Strategies for Reinventing your Career, Harvard Business School Press, chapitre 2, 2003. L’auteur discute de l’idée qu’un changement de carrière fondé sur une évolution personnelle peut établir une nouvelle identité professionnelle.
  • Lionel Bellenger et Philippe Pigallet (dir.), Dictionnaire de la formation et du développement personnel, ESF, 1996, 335 p. (ISBN 978-2-7101-1193-1)
  • Une étude de 1998 du cabinet de conseil Watson Wyatt (maintenant Towers Watson), a remis en cause la valeur des évaluations à 360° comme outil pour augmenter la création de valeur pour les actionnaires. Mais ses conclusions ont été contestées par la suite et l’outil est devenu habituel dans les pratiques managériales.
  • Robert Ebguy, Je hais le développement personnel, Eyrolles, 2008, 209 p. (ISBN 978-2-2125-4217-2)
  • Esprit mai 2004, Pierre-Henri Castel prétend que les livres traitant du développement personnel comptent pour 10 % du marché, sans démontrer des recherches ou des références pour justifier comment il arrive à ce chiffre.
  • Des cabinets internationaux de conseil spécialisés dans le développement personnel pour les entreprises son PDI, DDI, Metizo et Franklin Covey.
  • Le développement personnel en entreprise fait désormais partie du conseil en ressources humaines avec les cabinets comme Hewitt, Mercer, Towers Watson et Hay qui offrent du conseil en développement des talents ou se trouve prodigué à travers le formation qui vise à améliorer les compétences comportementales des collaborateurs. Les cabinets de stratégie d’entreprise comme McKinsey et Boston Consulting Group font des études au niveau de la direction. Les entreprises de travail temporaire comme Adecco et Manpower proposent des études sur la motivation des employés et le développement des carrières. Les cabinets de recrutement de cadres supérieurs tels que Korn Ferry proposent du coaching pour les managers
Soyez conscient de votre fonction de modèle
La pratique